Je suis aussi rédactrice pour la presse écrite dans le domaine de la psychologie et du développement personnel.

Voici un petit extrait de mon dossier sur le bonheur et la résilience paru dans Psychologie Réussir en 2017 (15 pages de magazine) : 

Favoriser la résilience : tout un art.

 

Arnaud Desjardins, qui a apporté en Occident les clefs essentielles des sagesses orientales tout au long de la deuxième moitié du XXéme siècle à travers ses livres et ses films, grâce à ses très nombreuses rencontres avec des maîtres spirituels tibétains, soufis, zen, hindous, entre autres, affirme dans Un grain de sagesse que le but de l'éducation n'est pas de faire un enfant bien élevé, ni un enfant instruit qui connaisse les usages du monde, mais de faire un enfant heureux. « C'est tout, et tout le reste en dépend, clame-t-il dans son livre Pour une vie réussie, un amour réussi. Vous n'aurez jamais de problème avec un enfant heureux. Toutes les difficultés que peuvent avoir les parents avec les enfants viennent simplement de ce que les enfants ne sont pas heureux. Et une éducation qui ne fait pas des enfants heureux est une éducation manquée même si ces enfants entrent à Polytechnique à dix-huit ans. Mais ce bonheur n'est pas seulement le but de l'éducation, c'est aussi le but du 'Chemin'. Voilà une manière si simple, si accessible d'envisager ce que vous appelez la vie spirituelle. »

Quant au Dalaï Lama, il ouvre sa conférence à Central Park, New York, en 1999 par ces mots : « Je crois que tout être humain a le désir inné d'être heureux et de ne pas souffrir. Je crois aussi qu'un tel bonheur est le but de toute vie. Je suis convaincu que chacun de nous possède la même capacité de trouver la paix intérieure et de parvenir à la joie et au bonheur et (…) notre potentiel (pour accéder au bonheur) est le même » (L'art de la compassion, Robert Laffont, Paris, 2002).

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Quelques repères de base sur la résilience

 

« Soyez heureux » est le plus terrible des commandements selon Arnaud Desjardins. Pourquoi ? Parce qu'il nous met en face du fait que nous ne le sommes pas vraiment, parce qu'il est un impératif exigeant et surtout, « ces magnifiques paroles : « Be happy Arnaud » sont terribles pour l'ego, parce que si nous sommes vraiment heureux, l'ego a disparu » !

Oser se faire plaisir tous les jours et plusieurs fois par jour est un une chose que l'on ne peut laisser de côté dans cette quête d'épanouissement et seule la « vigilance, la présence à soi-même, peut faire grandir cette capacité d'apprécier consciemment les situations, les expériences ou l'accomplissement du désir au moment où vous l'accomplissez » nous rappelle Arnaud Desjardins. C'est assez proche de toute la thèse que défend Csikszentmihalyi dans son best seller international Vivre (Robert Laffont, Paris, 2004) qui est une traduction du « flow », cet état de fluidité mentale et d'intense concentration sur des tâches qui mobilisent toutes nos compétences.

 

Boris Cyrulnik, auteur d'Un merveilleux malheur (Editions Odile Jacob, Paris, 1999), a popularisé le concept de résilience en France et en donne cette définition : « la capacité à réussir, à vivre, à se développer en dépit de l'adversité ». Notre intérêt pour la résilience vient de ce qu'on « s'est toujours émerveillé devant ces enfants qui ont su triompher d'épreuves immenses et se faire une vie d'homme, malgré tout » constate le bien connu psychiatre, neurologue et éthologue. Cela justifie que l'on cherche à comprendre « le mystère de ceux qui s'en sont sortis ».

Être de nouveau heureux et épanoui après un drame, une épreuve insurmontable, est-ce vraiment possible ? Et si cela est envisageable, comment y parvenir ? Il n'y a pas de recette toute faite mais de nombreux psychologues se sont penchés sur la question de cette fameuse « résilience » depuis l'éclosion de ce concept aux Etats-Unis au XXème siècle, pour en cerner les contours et apporter une aide de qualité. A la lecture de Sheryl Sandberg et Adam Grant (Option B, Michel lafon, 2017), on apprend que la résilience est un muscle que tout un chacun peut développer. Certains ont alors écrit une méthode qui « musclerait l'âme », comme par exemple l'expert en neurosciences Eric Langshur et Nate Klemp, docteur en philosophie avec leur livre à succès de 2017 : Et si vous décidiez d'être heureux ? Tout comme Boris Cyrulnik, ces quatre auteurs américains s'appuient sur de nombreux témoignages qui sont autant d'histoires livrées au fil des pages pour illustrer les études, statistiques, conclusions d'expériences cliniques. Plus de vingt ans de recherche sur la capacité à surmonter l'adversité et les graves traumatismes, permettent d'avoir des repères sur tout ce qui contribue à améliorer notre potentiel de réparation après de graves blessures psychologiques.

 

L'esprit humain, cela est certain, est capable de persévérer et de retrouver la joie, mais à certaines conditions. Car la joie se trouve au fond de nous tous, elle est toujours là, disponible. Le soutien que l'on trouve autour de soi après un gros choc émotionnel est évidemment un élément indispensable : « une carence précoce crée une vulnérabilité momentanée, que nos rencontres affectives et sociales pourront restaurer ou aggraver » explique le psychiatre Boris Cyrulnik dans son célèbre livre Un merveilleux malheur. On peut ainsi favoriser la résilience au sein d'une famille, mais aussi dans un collectif, une entreprise, une société entière. Option B insiste sur la possibilité de grandir à travers les plus rudes épreuves en donnant du sens à sa vie et à sa souffrance, nous enseigne comment aider ceux qui souffrent, à trouver en soi l'autocompassion, à accompagner nos enfants pour qu'ils deviennent résilients. L'auteur, Sheryl Sandberg, s'écrie « Je veux Dave ! » après avoir perdu son mari. Un ami lui répond : « L'option A n'est plus disponible ». Il va alors l'aider à profiter au maximum de l'option B. Un sacré défi, qui est atteint bien plus souvent qu'on ne le croit d'après Boris Cyrulnik.

Selon lui, presque tous ceux qui s'en sont sortis ont élaboré, très tôt, « une théorie de vie » qui associait le rêve et l'intellectualisation. Pour Hélène Romano, psychothérapeute spécialisée dans les psychotraumatismes, la résilience est un processus et c'est long. « C'est pourquoi il vaut mieux décrire un itinéraire de personnalité résiliente, et chercher à comprendre comment elle se faufile à travers les coups du sort pour se tricoter quand même avec des appuis solides » nous dit Boris Cyrulnik.

Être résilient ne veut pas dire que l'on ne souffre pas ou plus, mais qu'on apprend à vivre avec, à apprivoiser la douleur. Et ce n'est pas non plus l'oubli de ce qui est arrivé.

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La conférence de Rachel Thibeault à Lausanne en mai 2017

 

La réponse à cette question est multiple. De même que nous avons besoin de manger de tout pour suivre un bon régime alimentaire, voici les « éléments nutritifs » divers et variés qui favorisent la résilience :

  • La pleine présence : se concentrer sur ce que nous sommes en train de faire en étant complètement présents. La méditation, la prière, passer vingt à trente minutes par jour seul et dans le silence, active le lobe préfrontal gauche. Il a été montré avec les IRM fonctionnelles que l'activité de cette partie du cerveau engendre la sérénité. Le courant de méditation de la pleine conscience, désormais bien connu dans le monde entier et représenté par Jon Kabat Zinn aux Etats-Unis, par Christophe André, Fabrice Midal et Thich Nhat Hanh en Europe, connaît un grand succès parce qu'il est laïque et validé par les études scientifiques les plus sérieuses.

 

  • La compassion, l'amour et la tendresse : qui ne doit pas se restreindre à notre amoureux/se, mais peut s'étendre au voisin, au collègue, à l'ami, au parent...

 

  • La gratitude : comme l'affirme le bouddhisme, ce qui a été entériné scientifiquement par les expériences faites avec Mathieu Ricard. Par ailleurs, des psychologues ont demandé à un groupe de personnes de faire chaque semaine la liste de cinq choses pour lesquelles elles étaient reconnaissantes. Neuf semaines plus tard, le groupe reconnaissant se sentait considérablement plus heureux et avait moins de problèmes de santé.

 

  • Le pardon. Ici Rachel Thibeault rappelle que plus on cultive le ressentiment, plus on solidifie les réseaux neuronaux qui graduellement nous entraînent vers le malheur et la dépression. Nous devons donc trouver un moyen de liquider les émotions négatives.

 

  • La quête de justice. Il faut tout d'abord savoir qu'on ne peut pas ignorer les injustices, seulement il ne s'agit pas de se lancer à corps perdu dans un activisme teinté d'agressivité car cela ne rend pas résilient. Ce mode de fonctionnement humain consolide l'autoroute neurologique négative qui va de l'amygdale (structure primitive de la peur au sein du cerveau) à cette aire cérébrale associée à l'hostilité, au ressentiment et à la dépression qu'est le lobe préfrontal droit. Au contraire, si on tente de résoudre les injustices sur le mode de la compassion, comme Nelson Mandela y a travaillé toute sa vie, on active le thalamus et le lobe préfrontal gauche, siège de toutes les émotions liées au bonheur.

     

  • La tempérance, ou l'équilibre, autrement dit le fait d'intégrer de petits plaisirs au quotidien. C'est aussi ce qui a « sauvé » Nelson Mandela d'après ce qu'on peut lire dans son journal de bord.

     

A ces 'éléments nutritifs' de la résilience, il faut ajouter cinq types d'occupation – les cinq C - qui, sur un plan psychologique, représentent un ensemble d'exercices pour l'esprit et sont le fondement d'un « bon régime » en vue du bonheur :

 

  • La Centration qui augmente la dopamine et la sérotonine, indispensables au bien-être. Il s'agit par exemple de mettre de l'ordre (passer l'aspirateur) et d'avoir un mouvement répétitif pour évacuer la fébrilité et l'anxiété : faire un jogging, écosser des petits pois...

     

  • Une fois dans cet état centré, passer vingt à trente minutes par jour en Contemplation : silence, solitude, prière, méditation... Les études montrent sans polémique possible que dès le moment où l'on choisit de se poser, l'activité du lobe préfrontal droit diminue et celle du préfrontal gauche augmente, c'est-à-dire la partie du cerveau en rapport avec la gratitude, le pardon, la sérénité, le bien-être. Et si une fois posés nous choisissons de façonner des intentions altruistes positives, notre bonheur s'intensifie encore. Si nous donnons forme à nos intentions bienveillantes en agissant, nous augmentons encore l'activité du lobe préfrontal gauche ! En le faisant régulièrement, nous modifions notre structure neuronale de façon permanente.

 

  • La Création : musique, peinture, cuisine... La liste est longue. Car créer du beau a un effet sur la neuroplasticité.

 

  • La Contribution (c'est-à-dire le fait de redonner au monde) : être des citoyens productifs et valorisés, donner de son temps, de son énergie, de son talent à la société, permet de donner du sens à sa vie en se sentant utile et apporte bien des gratifications. Il faut savoir que nous avons tous besoin d'être reconnus, ceci est un besoin de base humain tout à fait normal. Le nier n'est pas une solution.

     

  • La Communion : toutes les occupations qui renforcent nos liens d'appartenance (repas en famille, sports entre amis, activités associatives...)

 

La recherche nous dit que ces cinq activités positives constituent 50 à 60% de notre résilience (contre 10% pour les circonstances de la vie et 30% pour la génétique !)

Il s'agit donc de créer une banque d'activité qu'on intègre dans la semaine.

 

La conférencière fait aussi un détour par ce qui a été découvert en 2013 : le système glymphatique. Il est le système de nettoyage du cerveau et son rôle est important dans la résilience. Pour le renforcer et l'activer, il y a deux conditions : la pleine conscience et la protection de notre sommeil. Car le système glymphatique s'active en sommeil profond et en méditation ou contemplation profondes. Or 65% des adultes en Occident n'atteignent plus les états de sommeil profond nécessaires à l'activation du système glymphatique et ce, à cause des écrans. En effet, notre technologie inhibe la mélatonine, hormone du sommeil.

 

Grâce à toutes ces données recueillies sur le terrain, Rachel Thibeault, qui se réjouit d'ailleurs d'avoir fait les mêmes découvertes que les neuroscientifiques partout dans le monde, se confie : « quand je sens que le moral commence à battre de l'aile, je me pose toujours la question : qu'est-ce qui manque dans ma vie ? Et je regarde... »

 

Les freins à notre rétablissement

 

De même que nous savons qu'il y a des ingrédients pour se remettre d'une trauma, il est nécessaire de connaître les pièges dans lesquels nous sommes tous tentés de tomber quand nous avons subi de rudes épreuves.

Le psychologue Martin Seligman a découvert que notre rétablissement était souvent freiné par ce qu'il appelle les « Trois P » :

 

  • la Personnalisation ou conviction que ce qui est arrivé est de notre faute.

 

  • la Perméabilité ou conviction que cet événement va affecter tous les domaines de notre vie.

 

  • la Permanence ou conviction que les séisme provoqué par cet événement durera

    éternellement.

 

« Des centaines d'études ont montré qu'enfants et adultes se remettent plus facilement d'une épreuve quand ils se rendent compte qu'ils n'en sont pas entièrement la cause, qu'elle n'affecte pas les autres aspects de leur vie et qu'elle ne les poursuivra pas éternellement» récapitule Sheryl Sandberg.

Rachel Thibeault défend l'idée que les travaux de Martin Seligman (dont il est question aussi dans Et si vous décidiez d'être heureux?) ont été validés par les neurosciences, Mathieu Ricard et la recherche menée par Richard Davidson, directeur d'un des centres aux USA qui produit les données sur le bien-être psychologique les plus rigoureuses qui soient : le Centre for Healthing Mind à Madison, Wisconsin.

Tous ces chercheurs ont déterminé que nous avons des structures physiologiques qui vont être propices ou non à la résilience. Leur question de départ est : « comment peut-on améliorer le bien-être psychologique sans avoir recours à des éléments pharmacologiques ? »

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La compassion

 

Avec la gratitude, la compassion qui est aussi une valeur transmise par le bouddhisme, est au programme de toutes les techniques de développement personnel qui envisagent de nous donner les clefs de la résilience. Compassion et gratitude sont au menu de la Voie Pluridisciplinaire proposée par un neuroscientifique et un philosophe qui ont rédigé à cet effet Et si vous décidiez d'être heureux ?

Ce sont les travaux en neurosciences avec notamment les expériences sur Mathieu Ricard qui ont montré sans doute possible qu'une méditation sur la compassion améliore de façon spectaculaire les capacités du cerveau et notamment notre pouvoir de récupération. Les chercheurs ont en effet découvert que l'activité cérébrale se déplace vers la gauche lorsque nous méditons, ce qui est d'un point de vue neurologique l'indicateur par excellence du bien-être, de la sérénité et de la résilience, comme nous l'avons déjà expliqué. « Chez Matthieu Ricard, la bascule vers la gauche était spectaculaire et irréfutable. Par conséquent, la méditation, notamment compassionnelle, stimule la région cérébrale associée aux émotions auxquelles nous aspirons tous : joie, résilience et contentement » Et si vous décidiez d'être heureux ? De Eric Langshur et Nate Klemp, (Larousse, Paris, 2017).

On peut aussi parler d'auto-compassion. Elle est le fait de reconnaître que nos défauts font partie de la nature humaine, explique Sheryl Sandberg. Ceux qui le savent se remettent plus vite des passages douloureux. Selon une étude, la résilience des personnes qui vivent un divorce n'est pas liée à leur estime de soi, ni à leur optimisme, mais à leur capacité à compatir devant leur propre souffrance comprend-on à la lecture d'Option B. Ce n'est pourtant pas la même chose que s'apitoyer sur son sort et c'est là que doit intervenir une compréhension subtile de l'auto-compassion. Il s'agit de s'aimer et de panser ses propres plaies comme une mère console avec tendresse son bébé, de lécher ses blessures dans le don de soi à soi, tel un animal ! Parmi les soldats qui sont rentrés d'Afghanistan et d'Irak, ceux qui ont fait preuve de bonté et d'amour envers eux-mêmes ont montré une baisse significative des symptômes de stress post-traumatique. Alors que la honte produit l'effet inverse : en nous sentant petits et inutiles, elle nous pousse à être agressifs ou à nous lamenter sur notre sort.

 

Dans le même ordre d'idée, on peut penser à l'auto-gratification. Ecrire trois choses que nous pensons avoir bien faites dans la journée est aussi un atout pour la résilience. Les psychologues parlent alors du focus mis sur les 'petites victoires'. Lors d'une expérience, les participants ont dû écrire trois choses qui s'étaient bien passées, en expliquant pourquoi, tous les jours pendant une semaine. Six mois plus tard, ils sont devenus plus heureux que le groupe témoin. Plus heureux, cela veut dire que le niveau de stress diminue, que globalement, la santé mentale et physique est bien meilleure.

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Mais que faire des émotions négatives ?

 

Il est un point que nous n'avons pas encore vraiment abordé et qui n'est pas des moindres. Nous savons depuis longtemps que refuser de ressentir la colère ou la tristesse ajoute de la souffrance à celle que nous vivons déjà. Accepter nos émotions, les vivre jusqu'au bout, les verbaliser, les écrire : un travail sur soi incontournable ?

En cas de choc émotionnel grave, contenir une émotion forte et résister à l'exprimer a des conséquences très négatives sur notre psychisme parce que cela empêche le cycle émotionnel d'aller jusqu'à son terme. C'est ainsi que Gerda Boyesen, la fondatrice de la psychologie biodynamique en est venue à comprendre le cycle vasomoteur. Notre corps digère les émotions, à condition que nous le lui permettions et ce, jusqu'au bout. Le psychopéristaltisme est un système d’auto-régulation de l’organisme qui joue un rôle crucial dans la régulation des émotions. Il est activé par les mouvements fluidiques dans les parois intestinales. La colère a parfois besoin d' « exploser » afin d'être digérée et de ne pas laisser une mémoire de souffrance encapsulée dans le corps. Une émotion forte connaît un cycle et doit le vivre entièrement. Pour cela, elle doit pouvoir « sortir » lorsqu'elle arrive au sommet de sa manifestation et son expression semble alors inévitable.

 

Sheryl Sandberg, qui ne connaît peut-être pas la psychologie biodynamique, a compris au décès de son mari une chose fondamentale. Règle numéro un, écrit elle dans Option B : « Respecter nos sentiments – on a le droit d'être tristes et en colères » avec des « pauses sanglots » tout au long de la journée, et même au travail et à l'école. Par ailleurs, nommer nos émotions négatives nous permet de les gérer plus facilement affirme-t-elle à la suite de ce qu'elle a traversé avec ses enfants.

A cet effet, plus d'une centaines d'expériences ont confirmé les vertus thérapeutiques de la tenue d'un journal intime par exemple. « Tenir un journal m'a aidée à assimiler mes émotions envahissantes et mes regrets sans fin » poursuit-elle. Il faut néanmoins signaler qu'écrire tout de suite après un choc peut être néfaste, car l’événement est encore trop frais pour être intégré. Après une épreuve difficile, il semble que l'écriture limite le sentiment de solitude et améliore l'humeur, mais n'aide pas forcément à réduire le chagrin ou les symptômes de dépression.

 

Le flow

 

Qui mieux que Dean Potter illustre ce que Mihaly Csikszentmihalyi a mis au jour dans son fameux livre Vivre, préfacé par David Servan-Shreiber, et qui a rencontré un succès international ?

Adepte des sports extrêmes, alpiniste chevronné qui pratiquait l'escalade en solo intégral, c'est-à-dire sans corde ni aucun matériel (si on tombe, on meurt), Dean Potter chassait de son esprit toutes les pensées afin d'être absolument concentré sur le faire de grimper et d'être totalement immergé dans ce qu'il faisait. « Les moments les plus forts, c'est quand mon esprit n'est plus là du tout et que tout à coup, je me retrouve au sommet. Là c'est le trou noir, je ne sais pas ce qui s'est passé mais je suis arrivé en haut » constate le sportif. Cet état psychologique optimal est appelé le flow, ou flux. C'est une forme d'activité cérébrale expérimentée par exemple dans la méditation, dans la pratique professionnelle de la musique ou encore le sport de haut niveau. Dans un cerveau en état de flow, les circuits neuronaux fonctionnent sans interférence.

« J'arrête de penser à ce que je fais, je le fais, c'est tout. On a l'esprit ailleurs quand on pense à ce qu'il se passe dans notre vie. On trimballe tout le poids de nos craintes, de nos espoirs, de toutes ces choses qui n'ont rien à voir avec ce qu'on fait à l'instant T. Pour moi, le danger permet d'éliminer tout ça. Si je grimpe en solo intégral, ce n'est pas tant pour atteindre le sommet que pour arriver à cet état de flow. Peu importe ce que je fais, tant que je suis dans cet état, je suis heureux » exprime l'aventurier qui nous a quittés en 2015.

Trouver le flow accélèrerait la résilience... Il ne serait donc pas négligeable pour nous tous de chercher l'activité qui nous plonge dans cet état modifié de conscience, une concentration absolue à l'origine d'un état quasi extatique, nourricier et guérisseur pour le corps et l'esprit.

Ce lâcher prise revient à faire taire le mental. Dans ce but, il existe aussi une série d'exercices qui vise à réduire l'activité mentale comme peau de chagrin en créant une expansion du cœur, il s'agit de la pratique de la Connaissance enseignée par Prem Rawat. Cet homme fait le tour du monde chaque année pour sensibiliser la population mondiale lors de conférences à cette pratique qui prend une heure par jour. Selon lui, la pratique de la Connaissance apporte la paix dans le cœur et l'esprit des hommes et répond à la soif que nous avons tous d'être tout simplement sereins. De cette manière, toutes les qualités qui soutiennent le processus de résilience, telles que la compassion, le pardon ou la gratitude, se développent naturellement. Grâce aux nombreuses études réalisées auprès des moines qui ont une pratique régulière, il est évident aujourd'hui qu'une méditation quotidienne ou en tout cas une discipline spirituelle peuvent nous plonger régulièrement dans le flow.

De nombreux artistes racontent aussi l'avoir rencontré, ce que nous pouvons percevoir dans les paroles de cette chanson du groupe Morcheeba qui relate la perte du contrôle, la fin du mental, de l'ego :

 

I left my soul there

Down by the sea

I lost control here

Living free

 

J'ai laissé mon âme là-bas,

Au bord de la mer,

J'ai perdu le contrôle dans ce lieu

En vivant libre

 

Et la liberté...

 

Dans Jacques le fataliste, Diderot montre que parfois, la liberté est vidée de son sens dès lors que l'on oblige quelqu'un à se conduire d'une certaine manière. « Si je suggère à quelqu'un les moyens par lesquels atteindre le bonheur, je ne le laisse pas libre de pouvoir trouver son propre chemin afin d'atteindre progressivement un équilibre. Je le culpabilise et le déresponsabilise afin qu'il corresponde exactement à l'image que j'ai de la perfection et du bonheur, qui n'est pas forcément la sienne » soulève Michela Marzano, philosophe et députée au Parlement italien dans Sept Voix sur le bonheur (Equateurs, Paris, 2017) qui retranscrit une série de conférences ayant eu lieu au théâtre de l'Atelier à Paris fin 2016. Un peu plus loin, la philosophe s'insurge contre une forme de coaching qui livrerait les recettes de la réussite et claironne souvent : « vouloir, c'est pouvoir « ! » Ce piège nous maintiendrait dans l'illusion et la poursuite effrénée d'un bonheur qui, posé comme un mirage, se commercialise dans les stages de développement personnel, les succès en librairies, ou chez les gourous de toutes sortes. Luc Ferry, présent lui aussi aux « Conférences Sara Yalda » de l'automne 2016, conclut son intervention de la sorte : « l'illusion du bonheur risque fort de mal tourner, d'engendrer son contraire, la déception et la souffrance, en prenant la forme d'une nouvelle tyrannie, d'un idéal du moi inaccessible, donc culpabilisant ».

Eviter de se culpabiliser avec cette envie de répondre aux standards de l’épanouissement tant prôné de nos jours, revient à se laisser libre d'éprouver toutes sortes d'émotions et de sentiments négatifs, à « se foutre la paix » comme le dit Fabrice Midal quand il évoque la 'vraie nature' de la méditation.

 

Aussi, malgré tous ces bons conseils pour optimiser la résilience et favoriser le bonheur et malgré les centaines d'études à ce sujet dans des domaines aussi diversifiés que les neurosciences, la psychologie positive, la philosophie, la sociologie, et même l'économie, nous pouvons garder à l'esprit qu'il n'y a pas une seule façon d'être heureux et de s'en sortir après un drame. Il y en a autant que d'individus. D'autres voies d'accès à la résilience sont encore à inventer peut-être... Et l'on ne peut en imposer aucune aux autres, simplement les informer de ce qui a déjà été fait. Le seul point probablement incontournable est de bien se connaître pour être à l'écoute de ses propres besoins et y répondre à chaque instant.

Créer notre bonheur reste un art, et le talent se cultive !